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14 février 2010 7 14 /02 /février /2010 19:51

bill-callahan-sometimes-i-wish-we-were-an-eagle


Quand bien même on admire un artiste depuis longtemps, il en existe toujours pour se lasser de ses dernières productions et lui trouver ici et là quelques définitives tares (clin d'oeil à Blinkinglights et Nextmusic). S’agissant de Bill Callahan – ex-Smog – il en cumule certainement : musicien et vocaliste moyen (techniquement parlant), piètre arrangeur, littéraire, cérébral et peu ambitieux, publiant poignées de disques arides avec artworks pas toujours heureux (cf. "Knock Knock"). Et je admets, lorsque je l’ai découvert il y a plus de dix ans, je me suis aussi heurté à ces petits murs qui empêchent d’aimer tout de suite un artiste.

Une partie de ces défauts demeurent dans son dernier disque, paru au printemps 2009. "Sometimes I wish we were an eagle" est parfois lent, aride, et cérébral. Mais jamais désincarné et toujours inspiré. La voix reste grave et délicate, bien placée au centre de la musique. Les textes et leur diction sont toujours les atouts du chanteur, une véritable source de surprise et d’émerveillement. Les arrangements sont toujours pertinents, les cordes et le piano tenant ici un rôle inédit chez Callahan.

Sur Jim Cain, le beau morceau d’ouverture, de simples arpèges acoustiques et une rythmique dépouillée accompagnent le récit des derniers déboires amoureux du texan. Le morceau est magnifié par de fins sillons de cordes. On en retrouve abondamment sur Eid Ma Clack Shaw, le deuxième morceau et chef-d’œuvre de l’album. Surpris par les notes orientalisantes de The wind and the dove, on enchaîne avec des titres qui rappellent l’époque plus aride de "The doctor came at dawn" (1996) ou "Red Apple Falls" (1997). Sur Rococo Zephir la rythmique reste dépouillée, mais Callahan utilise chaque détail avec grâce et bonheur (ces cordes et notes de piano juste avant le refrain, justes superbes !). Les trouvailles formelles du chanteur – par exemple, cette phrase petit à petit dévoilée sur Too many birds, autre chef-d’œuvre du disque – ne sont jamais gratuites et participent au sens et à l’émotion dégagée par le morceau. Sur All thoughts are prey to some beast, Callahan continue de filer sa métaphore animalière avec un lyrisme plus appuyé dans sa voix, mais qui sonne juste et poignant. Seul l’avant-dernier morceau, brève pièce de quasi-musique contemporaine, n’apporte pas grand-chose. Sinon une respiration pour aborder le dernier titre, un lancinant et majestueux Faith/Void où le texan exhorte à l’émancipation du divin. Tout l’art et le sel de Bill Callahan se manifeste dans ce morceau : des textes sombres mais truffés d’un bel humour noir, et surtout un façon inimitable de les chanter, offrant au silence une place aussi royale que ses mots.   

Ce dernier album est donc un vrai chef d’œuvre, aux arrangements encore plus poussés et plus subtils que par le passé. Bill Callahan est sans conteste un artiste libre et raffiné, constamment en évolution (vers une sorte de luminosité et de sagesse qui a peut-être à voir avec l’âge…). Il sait magnifiquement utiliser sa voix, et son univers est le moins ennuyeux qui soit. Si peu de songwriters arrivent à maintenir un tel niveau après presque vingt ans de carrière et 14 albums.

 

BILL CALLAHAN - Sometimes I wish we were an eagle (Drag City, 2009)

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commentaires

Xavier 15/02/2010 13:11


ah, tu l'as bien défendu ton petit protégé!
je ne suis pas d'accord sur les arrangements, je trouve que la plupart s'accordent mal avec les compos. Par contre il faut reconnaitre que le son est excellent: voix, batterie, on les entend comme
si on était dans le studio...


yosemite. 15/02/2010 00:18


voilà.
bien dit.
je suis tout à fait d'accord.
rien à rajouter.
les mécontents z'ont qu'à aller écouter... Guns And Roses par exemple... ou Nazareth.


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